RELATIONS SOCIALES

La digitalisation du dialogue social... ou la digitalisation du conflit social ?

Publié le 16 juillet 2015 à 12:53:53

Les techniques modernes de communication (blogs, SMS, tweets, pages Facebook, et autres...) se multiplient et investissent le monde de la relation sociale. Vont-elles supplanter et rendre obsolètes les bons vieux déclencheurs qu'étaient les tracts et les affiches ?

Il y a quelques semaines, un site industriel s’est retrouvé, à l’aune d’une réunion de négociations annuelles obligatoires (NAO) avec 500 personnes dans la cour ! Aucun tract n’avait été distribué, ni affiche apposée, pas de faits annonciateurs comme à l’accoutumée. Un simple SMS en séance et 500 personnes ont quitté leur poste de travail. Il est à noter que les portables sont interdits au poste de travail !

Les managers et les professionnels du dialogue social sont surpris, même s’ils l’ont perçu depuis quelques années, par la soudaineté de cette information et son caractère ramassé. Le peu d’espace octroyé pour s’exprimer incite à pratiquer la généralisation abusive, à aller brutalement d’un fait à une action, de façon incantatoire et directive. Le "lecteur connecté" perçoit de par la brièveté et le ton du message, une forme d’injustice qui se déroule. Il passe à l’acte sans recul et surtout sans autorégulation.

Il est illusoire de lutter contre ces outils de communication même s’il peut être utile d’installer une charte de bonne conduite. L’entreprise doit réfléchir à modifier son mode de communication sociale. Elle doit privilégier la temporalité courte, le message ramassé, la visualisation abordable et immédiate : écrans, réseau social interne, blog entreprise, SMS... Cette évolution nécessite que des rituels récurrents et très cadencés soient mis en œuvre. Le champ de la communication doit être occupé en permanence et notamment de façon collective.

Un autre aspect est le retour à l’utilisation de la dialectique et surtout de l’argumentation au fil de l’eau. L’exigence n’est pas d’informer parce que l’entreprise ne gagnera pas la bataille de vitesse. L’enjeu majeur est de donner du sens et d’expliquer. Le manager doit être en capacité éprouvée de manier des arguments, de gérer la contradiction, de répondre aux arguments fallacieux dont l’origine est issue des réseaux sociaux et portée par les façons de communiquer actuelles.

La communication ultra rapide, tronquée, ramassée est utilisée par tout le monde, acteurs sociaux ou pas. Nos managers sont démunis face à cette avalanche de ressentis, procès d’intention, demi-vérités, théories du complot. Formons-les à l’argumentation au fil de l’eau !

Partager sur les réseaux sociaux

Article précédent Article suivant