RELATIONS SOCIALES

L’exigence a-t-elle encore du sens ?

Publié le 06 avril 2020 à 09:09:09

J’ai abordé, dans une récente tribune sur le site Focus RH, la grande importance de la notion de contrat et de ses corolaires « exigence » et « bienveillance », mais c’était avant l’emballement de l’épidémie. Le contexte à date donne la primauté à l’empathie et à la protection. Il rend presque indécent les mots d’exigence et d’obligation… et pourtant !

L’exigence se doit d’exister

L’injonction de rester chez soi en confinement est une exigence vis-à-vis des personnels soignants pour réduire le pic de l’épidémie. L’obligation de remplir une attestation de déplacement dérogatoire est une exigence pour jouer la carte du civisme et de l’union nationale. La multiplication accélérée des masques et des respirateurs est une exigence pour assurer de la responsabilisation des Pouvoirs publics. Nous sommes liés, par entités diverses, les uns aux autres, sous couvert d’un pacte et d’un contrat citoyen. L’exigence est un pilier et il faut la maintenir en y mettant une bienveillance sincère et authentique.

L’exigence se nourrit d’une raison d’être

La première pierre d’un cadre de référence est la raison d’être, la mission, la vocation, bien avant le projet et la vision. À ce jour, il est trop tôt pour parler de vision, mais il est clair que la mission existe. Elle est limpide pour des catégories comme le personnel médical, les transporteurs, les pompiers, les policiers, les salariés de commerces alimentaires et d’autres. Elle devient cohérente quand il s’agit de fabriquer des masques et des respirateurs. Un acteur social vient de déclarer que fabriquer des véhicules n’avait pas de sens. A-t-il raison, a-t-il tort ? Où se niche la raison d’être d’une possible reprise ?
Comme dans toute gestion d’une crise psychologique et émotionnelle, il est difficile de trouver le bon point d’inflexion entre l’intégration du choc et la reconstruction vers un rebond. Le temps n’est pas un allié et il faut, à un moment incertain, réenclencher une dynamique pour éviter l’anomie, un cadre de référence décalé et préserver l’employabilité.

L’exigence ne se décrète pas mais se partage

La marque indispensable de bienveillance relève de l’utilisation du collectif et de la communauté. Le collectif doit être sollicité sur la structuration de la raison d’être. Il n’est pas question de cogérer, mais de co-construire ou du moins de tester, auprès d’un panel représentatif, de la pertinence de la réflexion. Le panel est constitué de managers et de salariés, et enrichi d’une dimension de dialogue social avec les instances représentatives du personnel comme le CSE et la CSSCT.
Cette exigence bienveillante et symétrique préfigure la relation de demain, celle d’après le confinement. Cette déclinaison est d’autant plus nécessaire qu’elle s’applique dans nos foyers de confinement où des missions sont incontournables pour bien vivre ensemble.

Exigence bienveillante !

Illustration © Adobe Stock

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