MANAGEMENT & SOCIOLOGIE

"Ressources Humaines" : quand l'art interroge le travail

Publié le 20 septembre 2017 à 13:01:01

Pour un expert en management et relations sociales, pour un dirigeant, un manager, pour un délégué syndical, la veille est constante sur les sujets ayant trait au monde du travail.

Nous lisons beaucoup de livres, de tribunes, nous écoutons des émissions de radio, nous regardons des documentaires, des films. Nous nous interrogeons, nous réfléchissons, nous débattons. Nous le faisons entre nous, entre acteurs du « monde du travail », c’est-à-dire essentiellement celui de l’entreprise.

Et puis un jour, nous sortons de nos bureaux et nous nous rendons à une exposition artistique. Et là, de nouveaux regards se portent, de nouvelles perspectives se dessinent, de nouvelles questions se posent. Vivifiant.

Exposition « Ressources humaines », Frac Lorraine, 2017. Photo : Flore Bridard.

Quand l’art interroge la profession d’artiste

Le Frac Lorraine accueille jusqu’au 28 janvier 2018 l’exposition collective « Ressources humaines » et nous permet d’appréhender le travail du point de vue d’une profession remarquable, celle d’artiste.

Travailleur invisible, porté aux nues ou dévalorisé, entité romantisée puisque inspirée et douée de talent, l’artiste est surtout un homme ou une femme, successivement patron de sa propre entreprise, son agent, son directeur marketing, son chef d’atelier, son ouvrier, jonglant entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Il évolue dans un monde complexe entre galeries indépendantes, lieux subventionnés, mécénat et marché de l’art.

Dès lors les questionnements de l’artiste sur sa profession, son statut, son environnement et ses conditions de travail mais aussi sur son économie, entrent en résonance avec ce « monde du travail » qui lui est en fait si peu éloigné sur le fond.

Les multiples dimensions du travail

Plusieurs œuvres offrent un regard lucide sur la dureté d’un travail qui engendre en sus un statut et une représentation précaires et dévalorisées. Lorsque Mierle Ukules part à la rencontre d’éboueurs et partage leur quotidien (Touch Sanitation Performance, 1977-1980/2007), lorsque Kapwani Kiwanga filme le portrait de la « dame pipi » de la gare Montparnasse (Bon voyage, 2004), l’être humain derrière le travailleur reprend toute sa place. Car de ressources humaines en vérité, il est surtout question en premier lieu d’humains dans toutes leurs richesses, leurs histoires, leurs tragédies, leurs forces.

Mierle Ukules, Touch Sanitation Performance, 1979-1980. Collection 49 Nord 6 Est – Frac Lorraine.
Photo : Robin Holland. © R. Feldman Fine Arts, New York.

Les œuvres présentées interrogent également avec humour le monde de l’entreprise dans sa représentation et ses normes, à l’instar de l’installation de Catherine Lescarbeau (Le département des plantes, 2016) qui présente une figure emblématique des bureaux d’une entreprise : la plante verte ! Ici l’artiste répertorie les plantes d’intérieur rencontrées dans des institutions culturelles et dédiées à l’art. Au-delà de l’anecdote, cette proposition met en lumière nos environnements de travail, véritables écosystèmes dans lesquels nous évoluons, souvent austères et que nous essayons de rendre, sinon plus épanouissants, du moins plus proches de nos aspirations profondes.

Catherine Lescarbeau, Le département des plantes, 2016. © C. Lescarbeau. Photo : Éric Chenal.

L’humour peut cependant être grinçant quand Pilvi Takala s’infiltre durant un mois dans le service marketing d’une multinationale en tant que stagiaire (The trainee, 2008). La posture qu’elle adopte va à l’encontre des normes du monde de l’entreprise : oisiveté apparente, immobilité, pensée, silence. Il est alors troublant de voir la forte perturbation, ainsi que la méfiance voire la réaction de panique, que sa posture suscite chez les autres employés. On ne peut que faire le constat d’une masse qui ne cherche pas tant à comprendre pourquoi un individu transgresse les codes d’une entreprise (et par voie de conséquence ceux de la société entière ?), mais lui demande avant tout de suivre ces codes sans en questionner la pertinence ou même l’efficacité, puis met en doute la santé mentale de l’individu, pour finalement chercher à l’éradiquer.

Pilvi Takala, The trainee, 2008. © P. Takala.

Enfin, « Ressources humaines » offre un regard sans complaisance sur la place des femmes dans le monde du travail, qui est le triste reflet de sa place et de sa voix dans le monde global. Leur absence lors d’événements politiques internationaux est impitoyablement montrée dans l’œuvre de Marie-Ève Maillé (Décider entre hommes), travail militant et bénévole au long cours, également visible sur internet.

« Ressources humaines » est une exposition riche de points de vue et une merveilleuse base de réflexion sur la grande entreprise humaine qu’est le monde du travail.

Le Frac Lorraine propose, en parallèle, une série de conférences et de workshops gratuits pour approfondir le sujet.

 


L’exposition

« Ressources humaines », jusqu’au 28 janvier 2018

Lieu : 49 Nord 6 Est – Fonds régional d’art contemporain de Lorraine – 1 bis rue des Trinitaires, 57000 Metz

Site internet : www.fraclorraine.org

 

En parallèle

  • Samedi 23 septembre à 14h30

Rencontre-projection – Nettoyage : en grève

Projection du film documentaire « On a grévé » de Denis Gheerbrant (2017, 70 minutes) et débat.

  • Jeudi 5 octobre à 20h

Conférence – Travail émotionnel

Avec les sociologues Anna Safuta et Fanny Zanferrari.

  • Samedi 7 octobre à 14h

Workshops – Conflits, corps, émotions (sur réservation)

De 14h à 16h00 : « Vous avez dit harcèlement moral », avec l’IERDS (Institut européen pour le développement des relations sociales)

De 16h30 à 18h30 : « Se sentir bien au travail », avec la sophrologue Catherine Collin-Penazzi.

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