MANAGEMENT & SOCIOLOGIE

Jean-Claude Ancelet et son premier livre

Publié le 11 octobre 2012 à 10:13:13

Jean-Claude Ancelet a enfanté son premier livre qui est paru aux éditions Dunod, le 24 août 2011 ! Il évoque la nécessité faite aux entreprises de recréer en urgence des  collectifs de travail. Il parle d’une sociabilité qui a été mise à mal au profit d’un isolement  sorti de nulle part sinon de la dimension individualiste de chacun d’entre nous.  Jean-Claude Ancelet proclame que cela sera son premier et dernier livre !

ADEIOS Le Blog : Surprenante, cette affirmation d’un premier mais aussi d’un dernier livre…
Jean-Claude Ancelet : Je ne souhaite pas y répondre pour le moment. L’essentiel n’est pas mon propre ressenti et il n’y a pas urgence à savoir ce que je veux faire ou ne pas faire.

A : Alors, qu’est-ce qui est important et pourquoi cette dramatisation ?
JCA : En effet, je dramatise une situation qui m’effare et me déstabilise. Concrètement, il s’agit de la dégénérescence des collectifs de travail propres à une entreprise mais qui représentent plus de sept heures actives par jour sans compter l’investissement préalable et les pensées individuelles consacrées au travail voire les insomnies qui vont avec !!! De nombreux acteurs s’égosillent sur la nécessité de revaloriser le travail et les politiques tombent dans l’incantatoire.  Or cela n’aura de sens que si le salarié y trouve son identité et arrive à élaborer son ADN. L’enjeu majeur est que l’ADN ne relève pas de la capacité « intuitae personnae ». Il est le fruit du collectif.

A : Pouvez-vous préciser votre pensée car elle nous semble brumeuse ?
JCA : Un être humain se valorise par une attitude individuelle qui, au gré des difficultés et compétitions, peut devenir individualiste. Il pense y trouver la rapide et bonne réciprocité à ses efforts. Les entreprises ont joué cette carte car elles y ont vu, à raison, la condition de l’élévation des compétences, le moteur de la motivation et la possibilité pour elles d’accéder à la performance attendue.

A : Et alors, en quoi cette approche serait caduque ou erronée ?
JCA : L’approche est bonne mais à trop nourrir son individualité, l’être humain s’essouffle et se lasse. Il n’a pas le retour de ses représentations et ne peut pas les étalonner. Seul un groupe, une tribu, un clan peut lui conférer ce retour, cette visualisation qui par les yeux des autres, le conforte et le rassure. Depuis la nuit des temps, le groupe a permis aux êtres humains d’exister, d’avoir des valeurs qui identifient, de s’appuyer sur des référents et de « toucher » les autres membres pour se donner le courage.

A : Vous parlez de votre génération mais cela ne vaut pas pour la Génération Y…
JCA : Détrompez-vous ! Une enquête réalisée entre mai et juillet 2010 auprès de 37000 jeunes de 37 pays, des 20-30 ans, laisse apparaître que la première motivation et de loin, est de fonder une famille. Il s’agit bien de l’embryon d’un collectif qui donne du sens, sécurise et surtout identifie.
Nous nous égarons… Mon propos est simple, le collectif est une donnée génétique. Les entreprises, pour des raisons diverses, l’ont laissé ou fait dériver. Elles lui ont préféré une individualisation exacerbée. Il en résulte des personnes mal à l’aise dans leur organisation de travail, des personnes en rupture ou en déshérence. Il n’y a qu’à voir la montée des poussées d’adrénaline spontanées et l’émergence des fameux risques psychosociaux. De plus, le monde n’a pas attendu et des collectifs concurrents existent.

A : À qui pensez-vous concrètement ?
JCA : Je ne pense pas mais je constate. Les collectifs concurrents sont multiples, plus anciens et le plus connu est le collectif de résistance qui unit des personnes contre les exactions vécues ou rêvées d’une entreprise. Il est aussi, traditionnellement, porté par les syndicats. À ce jour, nos syndicats, et nous en sommes responsables, éprouvent autant de mal que nous à proposer des collectifs attractifs. Il n’empêche que la tendance est à l’intolérance et à la réactivité immédiate. Le collectif de résistance va se symboliser, de plus en plus, par des mouvements éphémères, émotionnels, spontanés et autonomes. Ce type de collectif nous est, finalement, bien connu et nous savons le gérer. Je découvre d’autres collectifs : celui de personnes qui font passer leur cadre de vie personnel avant le cadre de vie professionnel. Ce phénomène a été accéléré par les 35 heures et des personnes s’arrogent, de plus en plus, le droit de mettre « un coup de canif » au contrat de travail d’où le développement de l’absentéisme. Je pense surtout aux collectifs de la Génération Y, ceux supportés par les réseaux sociaux. Ils nous envahissent mais offrent des intérêts. À terme, ils monopoliseront les attentions, les émotions et, par conséquent, les motivations et les raisons d’être. Je crains que les collectifs offerts au travail ne deviennent fades.

A : C’est quoi, selon vous, un collectif de travail ?
JCA : Un collectif de travail répond à quatre critères génériques.

  • Une réciprocité, soit un deal qui constitue un contrat moral entre chaque membre du collectif et le collectif, deal qui s’installe, se diagnostique, se sanctionne.
  • Des valeurs et règles co-construites qui donnent une âme au collectif et une identité nouvelle aux membres et qui se lisent dans les yeux de chacun avec cette idée du partage et d’apprenance.
  • Un leadership factualisé ou pas, éphémère ou pas mais dont l’essence est de porter les valeurs et, par sa capacité exemplaire à mettre sur le chemin, à soutenir, aider et conseiller.
  • Une ambiance et/ou convivialité qui consistent à constater que la souffrance n’est plus le moteur de la performance mais qu’à notre époque sociétale, la jouissance et le plaisir sont acceptables et moraux.

A : Allez plus loin dans vos recommandations…
JCA : Allez plus loin dans la lecture du livre !

A : Pourquoi un premier et dernier livre ?
JCA : Je n’étais pas destiné à écrire un livre et cela m’a demandé énormément d’efforts et de sacrifices. Mon métier est d’observer et de proposer à des acteurs une analyse et une stratégie. J’ai écrit parce que j’ai beaucoup constaté et que la situation m’inquiète. Je crois de plus qu’internet nous dépasse et, après nous avoir éduqués, nous submerge. Je voulais alerter les entreprises pour qu’elles reviennent à leurs valeurs génétiques. Je n’ai pas vocation à sortir de mon expertise. C’est pourquoi ce livre ressemble à un appel et à une injonction. Il sera le dernier.

« Récréez du collectif au travail » (Jean-Claude ANCELET, Directeur d’ADEIOS Consulting, éditions DUNOD, 2011)

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