MANAGEMENT & SOCIOLOGIE

J'ai dîné Lean et j'ai apprécié

Publié le 13 février 2014 à 10:17:17

En ce début d’année, j’ai eu l’opportunité de rencontrer Carine Vinardi, auteure du livre « Le Lean : atouts, impacts et limites » (éditions Vuibert), et nous avons longuement échangé sur cette démarche que certains décrient avec férocité et que d’autres portent aux nues. Pour la première fois, un livre, et c’est le mérite de Carine Vinardi, démystifie ce concept avec humilité et le rend très concret.

Être performant n’est pas nouveau mais c’est vital

En ces moments de partage, je me suis souvenu de mon père, tourneur-fraiseur chez Chenard et Walcker à Gennevilliers. Il était P3 et se considérait comme un bon voire un excellent professionnel, consciencieux et méticuleux. Il abhorrait les dysfonctionnements, les retards, le gaspillage, les pertes de temps et s’enorgueillait d’avoir un établi propre et bien rangé, et un palmer dans son étui. Je parle des années 1960, avant que le monde ne remette en cause certaines valeurs.
Des exemples de ce type sont légion et nous pouvons nous référer à des chefs de cuisine qui pratiquent le Lean sans le savoir. Ils ne sont pas inféodés à un concept ou une religion. Ils sont, seulement et tout simplement, désireux de satisfaire leurs clients, motivés par la transmission de leur savoir aux équipes et persuadés que le « bien faire du premier coup » est rentable.
Nos entreprises ne doivent pas se limiter à la seule question du coût de la main d’œuvre mais plus, comme le souligne Carine Vinardi, à leur stratégie et au processus intelligent et robuste, de mise en œuvre.

La performance est une affaire de culture

Carine Vinardi, exception parmi les experts du Lean, accorde beaucoup d’importance à la culture de l’entreprise et au niveau d’exemplarité des managers, dans leur capacité à donner envie par l’exemple qu’ils donnent.
L’enjeu de nos entreprises, sur 2014-2020, l’enjeu de notre pays via nos enfants et nous-mêmes, sont bien ceux de l’évolution de notre culture. Le Lean est associé à une culture, la culture japonaise, qui est perçue comme très différente de la nôtre. Les Japonais voudraient bien faire et pas nous ? Les Japonais voudraient apprendre et pas nous ? Les Japonais voudraient prioriser celui qui fait et pas nous ? Les Japonais voudraient prôner le collaboratif et pas nous ?... Foutaises !
Le problème est que notre sociabilité, la deuxième composante d’une culture qui sublime la première composante qu’est l’engagement individuel, n’est pas au bon niveau. Elle est trop empreinte, « tare » génétique de la France, de corporatisme, de repli sur soi, de nombrilisme, de mentalisation excessive du savoir.
Le Lean est une occasion, de par ses dimensions et sujets abordés, de recréer de véritables collectifs de travail qui apportent les données génériques d’un collectif : atteinte d’objectifs communs – partage de valeurs identitaires – plaisir et passion – soutien d’un leader – volonté à se faire grandir mutuellement – coconstruction pour se réinventer.


En conclusion, le Lean est une opportunité pour que tous les acteurs se mettent autour d’une table, en s’efforçant d’extrapoler les outils et méthodes qui ne sont que des outils et méthodes, refondent la vie en entreprise et réécrivent une page de performance équitable entre le salarié et l’entreprise.
L’excellent livre de Carine Vinardi évoque les partenaires sociaux qui se mettent en opposition systématique, qui crient au retour de la décadence et de l’aliénation ou que nous laissons, volontairement ou par crainte, à l’écart de ces actions de progrès.
J’aimerais beaucoup échanger, en profondeur, avec tous les leaders syndicaux car l’entreprise n’est pas bonne ou mauvaise, elle est et c’est bien pour chacun d’entre nous.

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