MANAGEMENT & SOCIOLOGIE

Cuba : un si petit pas, mais nous avons tant attendu

Publié le 26 mai 2015 à 12:39:39

Une rencontre entre Barack OBAMA et Raul CASTRO a fait la une des médias et a généré beaucoup de commentaires. Elle a eu une résonance particulière pour moi et m’a amené à exhumer de mes archives cet article du 9 septembre 1994 de la page Monde de l’Est Républicain.

Une anecdote me revient également à l’esprit : le DRH d’un de mes grands clients m’a, dès sa connaissance de l’article, envoyé un petit mot humoristique : « Vous avez des fréquentations que nous ne connaissions pas ! ». Mon plaidoyer pour un changement de position des Etats-Unis, à un moment où les navires de guerre américains croisaient au large de La Havane et où les balseros étaient recueillis à Guantanamo, pouvait surprendre et être à contre-courant.

Peu de choses ont changé depuis 20 ans, le système D est toujours de mise et la liberté ne semble pas avoir progressé (un Cubain qui était invité il y a quelques semaines à utiliser la piscine d’un hôtel par un couple de touristes français a été contraint de décliner son identité à la réception). Il n’empêche que l’identité culturelle cubaine, qui m’avait impressionnée lors de ce déplacement professionnel de 1994, perdure et ne se brade pas. Elle a permis à des millions de Cubains de survivre dans cet univers de grandes contraintes et d’énormes frustrations. Elle pose des questions fondamentales comme la résignation, la révolte, l’acceptation, le lien identitaire…

Je repense aux centaines de jeunes de la Génération 4C que mon cabinet a interviewés en 2013 et à leurs réponses à cette question : « Qu’attendez-vous de vos parents ? ». Réponse : « Un lien émotionnel et un lien culturel ! ». Le lien culturel ne se limite pas à l’admiration des œuvres artistiques, architecturales, historiques. Le lien culturel se forge au fil du parcours des femmes et des hommes. Il se nourrit de leurs joies et peines, de leurs souffrances et victoires. Le lien culturel vit dans un objet emblématique comme dans un objet disparu dont l’être humain manque. Le lien culturel chez les 4C se transforme en lien social au travers des réseaux sociaux et il exprime un recours au collectif et à la communauté.

Ma toute petite expérience cubaine m’avait fait ressentir l’importance du lien culturel et également la place majeure du collectif sans lequel il n’y avait pas d’existence et de survie. Je crains que nos nations aient abandonné le collectif au profit d’une individualisation exagérée de la relation, de l’éducation, de la vie. Le collectif est pourtant la parade aux agressions de pensée qui nous tétanisent. Le collectif est la porte ouverte sur l’avenir et l’une des composantes clés de notre bonheur.

J’aimerais ne pas devoir attendre 20 nouvelles années pour vivre le nouveau Cuba !

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