MANAGEMENT & SOCIOLOGIE

Départ de Benjamin Millepied : le résultat d’un changement mal accompagné ?

Publié le 17 février 2016 à 12:46:46

Le 4 février dernier, le chorégraphe Benjamin Millepied annonçait sa démission du poste de Directeur de la danse de l’Opéra national de Paris, par communiqué de presse.
Le Monde, dans un article paru le matin même, se faisait l’écho des troubles et des résistances qui avaient agité le ballet de l’Opéra de Paris depuis son arrivée à la tête de cette grande institution.

Au-delà des raisons personnelles qui ont pu aboutir à cette décision, il semble que les changements radicaux initiés par Benjamin Millepied, au niveau de la culture d’entreprise et des paradigmes des salariés de cette noble maison, n’ont pas su être accompagnés, donc compris.

Le ballet de l’Opéra national de Paris est une grande institution française...

Quiconque, n’appartenant pas au monde de la danse, est entré par la porte des artistes, à l’arrière du Palais Garnier et a emprunté les couloirs du rez-de-chaussée peut vous le confirmer : l’une des premières choses que remarque le visiteur est le panneau d’affichage où sont épinglées les informations émanant des syndicats.
On est bien loin des rideaux de velours rouge, du plafond de Chagall et des dorures des statues. L’Opéra national de Paris est une entreprise française, même si elle n’est pas tout à fait comme les autres :

  • L’histoire de cette entreprise est pluricentenaire. Fondée en 1669, elle est la plus ancienne compagnie de danse du monde.
  • Elle a une marque en France et à l’international. Le ballet de l’Opéra de Paris est l’une des plus prestigieuses compagnies de danse au monde.
  • Elle possède différents métiers (administratif, pédagogique, logistique, technique, artisanat, artistique...) et différents niveaux hiérarchiques. La direction et le service RH doivent gérer de multiples problématiques :
    • L’équilibre vie privée et vie professionnelle (après, notamment, le mini baby-boom initié par l’exemple de la danseuse étoile Aurélie Dupont)
    • La reconversion professionnelle (l’âge de mise à la retraite d’office d’un danseur est de 42 ans, ce qui laisse l’opportunité de construire une seconde carrière...)
    • Les conditions de vie au travail (changement des planchers jugés trop durs pour les articulations, intervention de kinésithérapeutes, à l’initiative de Benjamin Millepied)...
  • Le sentiment et la fierté d’appartenance à cette entreprise sont immenses :
    • La majorité des danseurs du ballet sont issus de l’école de danse de l’Opéra de Paris basée à Nanterre depuis 1987.
    • Aurélie Dupont, qui succède à Benjamin Millepied et qui a pris sa retraite de danseuse en 2015, fut parmi les derniers « vrais » petits rats : ceux-ci prenaient leurs cours de danse dans les derniers étages du Palais Garnier dont les parquets faisaient, dit-on, résonner leurs pas et donnèrent aux jeunes élèves leur surnom.
    • Imaginez-vous avoir grandi depuis vos 12 ans en compagnie de vos futurs collègues, avoir fait vos « divisions » dans une seule maison et y faire ensuite toute votre carrière ?
  • Une maison, une entreprise dont l’excellence est citée, louée, et dont le rayonnement couvre le monde entier ? Une entreprise dont le logo est brodé de fil doré sur les bagages qui vous accompagnent dans vos tournées à l’étranger ?

... Soumise aux mêmes exigences de management que toutes les entreprises

Les changements, lorsqu’ils touchent à la culture d’entreprise, à son histoire et ses traditions, et aux paradigmes de ses salariés (c’est-à-dire la représentation que ceux-ci se font de leur entreprise, de son fonctionnement et de leur rôle et missions au sein de cette entreprise) génèrent forcément des turbulences et surtout de fortes résistances.
Benjamin Millepied n’a visiblement pas su accompagner les changements qu’il voulait mettre en place et les tensions résultantes ont perduré jusqu’au point de rupture extrême : sa démission.
Reste à observer comment la transition va se faire entre le chorégraphe venu des Etats-Unis et l’ancienne danseuse étoile ayant grandi dans le Palais Garnier, et comment va évoluer l’entreprise qu’est le ballet de l’Opéra national de Paris.

Un changement ne se décrète pas, il s’accompagne

La démission de Benjamin Millepied au sein de la direction de l’une des plus grandes et prestigieuses institutions culturelles françaises est un exemple à étudier pour comprendre de la nécessité d’accompagner le changement dans l’entreprise.

Des outils d’accompagnement permettent de piloter les changements et les transformations indispensables à l’entreprise pour son évolution et son développement, et dans les changement de paradigmes que cela génère : audit sociologique, mise à disposition d’une méthodologie de travail, coaching du comité de pilotage.

Photo d’illustration : © Punto Studio Foto

Partager sur les réseaux sociaux

Article précédent Article suivant