MANAGEMENT & SOCIOLOGIE

Nuit Debout annonce-t-elle une rupture ?

Publié le 14 juin 2016 à 11:58:58

Les Français craignent une explosion sociale et considèrent que les syndicats ne sont pas capables de les défendre. Un futur « peut-être » candidat à la présidentielle considère que les acteurs de Nuit Debout sont écervelés ». Podemos est présenté comme l’inspirateur et la référence. Les pouvoirs publics évoquent le recours au référendum... Où allons-nous ?

Une révolution se fait au niveau du déclenchement d’une opinion

Notre culture sociale et relationnelle est basée sur le principe que la pensée collective s’impose à la pensée individuelle. Les déclarations publiques, opinion surveys, tracts, réunions publiques, manifestes, essais, discours sont les symboles d’une pensée travaillée et structurée qui doit devenir la référence de réflexion et de repère d’une multitude d’individus. Cette opinion est maîtresse et collective du fait qu’elle est issue d’un groupe, d’une communauté et qu’elle a été partagée et ressentie par plusieurs acteurs.

Les réseaux sociaux, entre autres techniques modernes de communication, ont cassé ce paradigme. De nos jours, la prise de position d’une seule personne agissant en son nom propre et s’exprimant, intuitu personae, est relayée à la vitesse du son et se transforme, en une fraction de temps, par adoubement virtuel en une vérité absolue qui fait référence. La prise de position n’est pas afférente à un statut, à une expérience, à un savoir. Elle émane d’un ressenti, d’une émotion. Elle est profondément tribunitienne au sens où elle porte un sentiment d’iniquité et d’injustice qui justifie les à-peu-près, les généralisations abusives et les désinformations.

Ce type de processus est étranger à nos managers, à nos syndicats traditionnels et à nos politiques. Il s’apparente aux caractéristiques de jeunes qui se dédouanent de l’autorégulation et des règles qui la régissent. Il est intéressant de constater que Jean-Luc Mélenchon reprend vie et que SUD se manifeste.

Mon propos n’est pas de m’indigner et de me braquer. Il est de dire que la relation communicante évolue et que c’est une donne nouvelle à intégrer.

L’entreprise se doit d’être très agile, libérée de ses principes et ouverte

Les codes et repères seront de plus en plus transgressés. Les moyens modernes de communication investissent la pensée en temps réel, en permanence et sur tous les sujets. L’entreprise va devenir une communauté ouverte de vie et d’intérêt. Son cadre de référence sera toujours nécessaire mais il sera atomistique. Il se transformera au gré des rencontres, des émotions, des événements.

La priorité de l’entreprise devient la personne et l’individu comme étant des propulseurs de pensée collective. Le collectif est un réceptacle où les émotions et ressentis individuels s’épanouissent parce qu’ils sont respectés et valorisés.

De ce fait, l’entreprise va devoir se structurer pour créer des zones et plages de coconstruction et d’expression. Elle va devoir, de façon récurrente, « purger » les ressentis individuels dominants, ce qui l’amène à aller chercher les verbatim et à se sortir des données statistiques. Un climat social, mesuré par une enquête d’opinion ou un sondage, peut être perçu comme un progrès et positif. Dans la minute, il explose du fait d’une pensée individuelle qui n’a pas pu être captée ou qui ne se reconnaît pas dans les référentiels admis. La pensée individuelle s’accélère au fil des tweets et avis et fédère une communauté éphémère mais très active.

L’entreprise de demain va modifier, en profondeur, la propre représentation qu’elle a d’elle-même. Elle sera de plus en plus sociétale alors qu’elle se veut sociale. Elle sera nomade au niveau de ses valeurs et références. Elle sera un collectif cohérent de circonstance.

 

(Photo d'illustration : © Xiongmao)

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