MANAGEMENT & SOCIOLOGIE

La vie privée s arrête à la porte de l'entreprise : illustion ? ineptie ? nécessité ?

Publié le 11 octobre 2012 à 09:48:48

Ce thème était celui du Café des Experts que Jean-Claude Ancelet a animé lors de la Convention Annuelle de novembre 2009, à Lyon, des clubs APM (Association pour le Progrès du Management). 2500 patrons d’entreprises européennes s’étaient réunis pour évoquer les "Nouvelles Frontière de l’Entreprise", celles à défricher ou à instaurer.
Il s’avère que ces responsables se sentent démunis devant l’intrusion de plus en plus forte de la vie privée dans la vie professionnelle et qu’ils sont sans ressources sur  ce sujet.

De nombreuses enquêtes démontrent que les salariés sont demandeurs de la prise en compte par l’entreprise de leur vie personnelle mais que, paradoxalement, ils répugnent à accepter une intrusion forte.
De plus en plus fréquemment, des sociologues évoquent le retour à  un paternalisme qui serait, néanmoins, éclairé et plus souple. Parallèlement à des demandes de conciergerie, de crèche, d’aménagement du temps de travail, des entreprises explorent le télétravail, le développement personnel, les stages de théâtre ou de psychologie.
Ces initiatives courageuses sont très éloignées des programmes de "Work Life Balance" qui existent dans les pays anglo-saxons. Elles augurent, toutefois, d’une réflexion sur l’équilibre nécessaire à installer dans le rapport "vie privée / vie professionnelle".

La première réponse à apporter est d’ordre managérial. L’entreprise se doit de peser ses sociologies de personnels pour connaître leurs représentations, leurs perceptions, leurs attentes. Il ne s’agit plus d’audits sociaux mais plus d’une analyse fine des typologies présentes dans l’entreprise et de leur élasticité face aux évolutions et changements. Le manager de proximité se doit de suffisamment connaître son collaborateur pour prendre conscience de sa vie, de ses angoisses et problèmes, de ses désirs et envies. Il n’a pas à intervenir mais il peut en tenir compte et proposer une aide à la réflexion et à la décision. La formation de ces managers est indispensable et à inscrire dans tous les programmes de gestion du stress au travail.

Encore une fois, la solution n’est pas dans l’investissement total dans le travail mais plutôt dans la consolidation du collectif qui, seul, garantit l’identité.
La première étape est celle de la compréhension de ce que ressentent les salariés, la deuxième étape est celle de la sensibilisation du management, la troisième étape est celle de l’exemplarité du patron, la quatrième étape serait celle de l’initiative vers des programmes d’apport aux salariés de moyens individuels de développement.
La France n’est certes pas semblable aux États-Unis et au Japon car les sociologies sont différentes. Ces pays ne sont pas, en outre, des modèles vertueux car des faiblesses et échecs sont patents. Il est, en effet, illusoire de vouloir faire le "bonheur des gens malgré eux".

Le rapport "vie privée / vie professionnelle" dans une logique de performance doit être mis sur la table et traité comme un projet d’entreprise. Il n’y a pas de réponses toutes faites. Il y a de la considération à apporter en le prenant en compte et de l’excellence à développer en le traitant modestement mais de façon volontariste.

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