MANAGEMENT & SOCIOLOGIE

J'ai mal à mes corps intermédiaires !

Publié le 03 juin 2019 à 11:01:01

La crise que nous traversons est certainement plus une crise sociétale que sociale. Elle relève de la représentation qu’un être humain se fait de la société et de sa place à lui. Elle épargne pour le moment les entreprises mais « Pourvou qu'ça doure ! »(Létizia Bonaparte, mère du Petit Caporal !).

Rond point Gilets Jaunes

Le corps intermédiaire est un grand corps malade

La grande famille des chroniqueurs met l’accent sur le fait que le Président de la République aurait snobé et méprisé les corps intermédiaires. Il est patent que le regroupement de communes dilue l’influence du maire de proximité. Il est surprenant que le Premier Ministre n’ait pas saisi la main ouverte du leader de la CFDT. Il est interpellant de constater que les membres du gouvernement les plus symboliques de la ruralité et du territoire (Jacqueline Gourault, Jean-Yves Le Drian, et Gérard Collomb) soient aux abonnés absents.

Les syndicats sont atones à la suite de leur digestion douloureuse des ordonnances Macron. Les journalistes sont devenus les mouches du coche ! Le corps social que d’aucuns baptisent « le Peuple » est laissé en jachère et défini comme un tout hétéroclite mais indépendant et sécessionniste.

Ajoutez un zeste d’entreprise libérée et vous avez la certitude que les corps intermédiaires sont voués à disparaître et à s’effacer. La verticalité est la parade en attendant le rêve de la consultation directe et démocratique.

Le corps intermédiaire est un incontournable à reconstruire

L’enjeu de la société et de l’entreprise est la place accordée à la notion de collectif. L’individualisme est présenté comme le mal de notre époque et semble inexorable. Il caractérise la multitude d’opinions contradictoires des Gilets Jaunes sauf que ces derniers se conformisent autour d’une identité faite d’un symbole (le gilet) et d’un lieu (le rond-point). L’être humain a un ADN qui est d’essence collective et non individuelle. Or tout collectif obéit à des règles sociologiques de cadre de référence, de leadership, de régénération, de flux croisés et réciproques.

L’entreprise risque prochainement d’être rattrapé par le phénomène à l’instigation d’acteurs sociaux qui pourraient surfer sur le mouvement actuel une fois la prime Macron digérée et oubliée. Les occasions en sont multiples : NAO, salaires des dirigeants, vie privée/vie professionnelle...

Des corps intermédiaires sont à reformater de façon durable ou ponctuelle et la bonne nouvelle est que l’entreprise les connaît et sait les utiliser. J’en pressens quelques uns :

  • Le Comité Social et Économique (CSE), nouvelle instance plus centrée et plus vertueuse que d’autres formes de représentation mais à condition de la valoriser en la faisant monter en compétence.
  • Le manager de proximité, à préserver de l’entreprise totalement libérée, mais à condition que nous lui conférions une autorité de parole et de pensée en en faisant un référent de conviction.
  • Les collectifs de co-construction et de réflexion, mais à condition que les processus de tables rondes deviennent les piliers d’une réelle dynamique sociale ou que nous développions, de concert, expérience client et expérience collaborateur.

Illustration ©AUFORT Jérome – stock.adobe.com

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