MANAGEMENT & SOCIOLOGIE

Le collectif de circonstance, une opportunité pour les entreprises

Publié le 11 octobre 2012 à 09:57:57

L’intervention menée aux Antilles en ce début d’année 2010 et son épilogue de mai face à 100 chefs d’entreprises de Guadeloupe et de Martinique a mis en exergue l’intérêt de développer un collectif de circonstance. Plusieurs raisons militent en ce sens :

  • Ces dernières années, le collectif a laissé la place à la relation individuelle voire à l’individualisme et nous avons tous constaté les ravages de cette déchéance avec, notamment, l’apparition des risques psychosociaux.
  • Le collectif d’appartenance, phénomène que des physiciens qualifient d’olistique (l’individu appartient à un tout qui lui confère son identité), a volé en éclats avec la fin du paternalisme et des Trente Glorieuses. De plus les crises successives, internet, le sociétal l’ont fragilisé.
  • Son corollaire naturel, le collectif de résistance survit sur des opérations ponctuelles d’exaspération ou sur des chimères entretenues par des nostalgiques de l’agitation. Il perdurera au gré des crises mais n’est pas en soi porteur d’espérance et de progrès.
  • Les jeunes pratiquent un collectif, que les physiciens appellent atomistique (au sens d’atomes qui s’agrippent les uns aux autres, par besoin ou intérêt ponctuel et ce, de façon éphémère). Ce collectif est indispensable aux jeunes et ces derniers le vivent avec plaisir, joie, convivialité. Ils ne le subissent pas et s’en délectent (cf. le succès des réseaux sociaux).

Recréer un tissu citoyen qui ait du sens

Aux Antilles et, notamment en Guadeloupe, le collectif d’appartenance est illusoire vu les relations schizophréniques entre la métropole et les îles. Le collectif de résistance a connu son heure de gloire avec le LKP et Monsieur Domota, mais le mur est arrivé à une vitesse extraordinaire et les îles sont exsangues. La seule voie est que les entreprises recréent, pas à pas, un tissu citoyen qui ait du sens. Cela passera par un collectif de circonstance qu’elles proposeront à leur corps social et dont les principales caractéristiques reforgeront une identité : employabilité des jeunes, osmose avec l’environnement, implication des personnels, respect des valeurs locales, exemplarité du chef d’entreprise…

Le collectif de circonstance répond, en effet, aux trois principes constitutifs de tout clan, ce qui lui confère une grande légitimité :

  • Un deal équitable et réciproque entre la finalité du clan et ce que chaque membre est venu y trouver. Le deal est individuel et demande à être établi puis jalonné. Il n’a de sens que dans sa projection sur le deal passé par les autres membres du clan d’où cette nécessité de partage, de transversalité, de commémoration.
  • Des valeurs issues de la finalité du clan et qui sont à justifier sans qu’il soit question de les négocier. Les valeurs sont relatives aux relations à l’intérieur du clan mais, également, aux relations du clan avec son environnement. Les valeurs confèrent l’identité pour le temps passé au travail et se doivent d’être compatibles avec les valeurs du temps passé hors du travail.
  • Un leadership assumé par des personnes qui portent les valeurs et savent se mettre au niveau de ceux qui éprouvent des difficultés à vivre le clan et à y trouver la bonne place. Le leadership est, d’abord, assumé par le chef d’entreprise ou un supérieur qui doit se montrer et être accessible. Il doit irriguer les différents niveaux hiérarchiques et constituer l’âme du clan de proximité. Différentes formules existent pour gérer le leadership mais l’essentiel réside dans la notion d’assistance et de mentorat : le leader met sur le chemin par son exemple.

Optimiser l’employabilité

L’appartenance atomistique fait que l’agrégat peut n’être que ponctuel, ce qui signifie que le deal doit être redéfini régulièrement grâce à la mobilité interne ou externe voire à l’évolution. L’employabilité est le passeport qui fait que nous pouvons aller dans n’importe quel pays, ce qui ne veut pas dire que nous quitterons le nôtre.

Préserver la convivialité

L’ultime aspect est celui de la convivialité qui est indispensable au fait du « bien-vivre » un collectif de circonstance. La rigueur n’est pas l’austérité et le plaisir partagé fait partie des données d’entrée de ce collectif. La célébration doit être reliée à la finalité du clan et au projet commun, mais elle doit exister. Le fait qu’elle ne soit réalisable qu’à l’extérieur assèche l’entreprise de toute vie et émotion, et amplifie la tentation du collectif de résistance.

En conséquence, un tel collectif ne s’improvise pas mais se prépare et se manage. Il s’organise autour d’une réflexion sur le Clavier du Dirigeant. Ce concept d’Entreprise et Personnel a été développé par ADEIOS pour l’adapter aux problématiques actuelles. Il s’agit d’une combinatoire entre les trois systèmes sur lesquels repose une entreprise (organisation, acteurs, culture) et les quatre flux qui portent le lien entre l’entreprise et son corps social (satisfaction, implication, compréhension, représentation).

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